Mortel crédit

Parlons crédit avec Francis

Mortel crédit

26 août 2020

Non seulement le blocage du dossier de crédit devrait-il être gratuit, mais il devrait être obligatoire et automatique. Pour l’instant, le monde des institutions financières et de crédit fonctionne à l’envers du droit normal, et ce sont les particuliers qui doivent prouver aux compagnies de crédit qu’ils n’ont pas sollicité de prêt ni obtenu une carte de crédit auprès d’elles, ce qui est une absurdité et un déni de justice flagrant.

Ce sont les institutions financières qui devraient prouver que vous avez sollicité leur service quand vous dites que vous ne l’avez pas fait. Ce fardeau de la preuve les rendrait pas mal plus prudentes qu’elles ne le sont actuellement.

Par ailleurs, combien de fois faudra-t-il le répéter et de combien de manières différentes faudra-t-il l’expliquer, les agences d’évaluation de crédit ne protègent personne contre la fraude. Tout ce qu’elles font, c’est enregistrer les variations de données dans les dossiers de crédit.

Ainsi, si vous avez un compte auprès de l’une de ces agences et qu’une personne vous ayant volé vos données obtient une carte de crédit auprès de la compagnie X, elle enregistre qu’il y a une carte de crédit à votre nom auprès de la compagnie X. C’est à vous de vérifier votre dossier et, si vous constatez que vous n’avez pas fait de demande auprès de la compagnie X, ce sera à votre charge de convaincre, et la compagnie X, et l’agence d’évaluation de crédit, que vous n’avez pas demandé à avoir cette carte. S’il y a eu fraude et dépenses illégales en votre nom, il est déjà trop tard, le mal est fait.

Alors, quand Desjardins, le Ministère de l’Éducation ou quelque autre organisation prétend vous faire un beau cadeau et vous fournir une protection en vous offrant un abonnement auprès d’une agence d’évaluation de crédit, vous savez que c’est comme un pansement sur une jambe de bois.

Francis Lagacé

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Une image vaut mille words

Laissons la parole à Francis

Une image vaut mille words

15 août 2020

Je regardais le téléjournal de 18 heures à Radio-Can. Oui, je sais, ça s’appelle maintenant Ici télé, mais je continue à appeler Radio-Can, ce qui s’appelle toujours CBC chez les Anglos, et ce n’est pas sans lien avec ce qui va suivre.

En deuxième sujet du bulletin de nouvelles, il y avait la victoire au hockey des Canadiens de Montréal contre les Pingouins de Pittsburgh. En regardant l’extrait où Jonathan Drouin répond en français à une question des journalistes, j’ai été frappé comme par la foudre de l’attitude de son coéquipier Max Domi. Il convient que vous alliez voir ce bref extrait qui commence à 5 minutes 30 sur le lien du Téléjournal de 18 h du 14 août 2020.

Le langage non verbal de Max Domi est une illustration parfaite de ce qu’est devenu le fait français pour l’anglo-saxophonie dominante. On voit un homme qui semble se dire : « C’est donc plate, ça va-tu finir, c’est sans intérêt, et je ne ferai surtout pas le moindre effort pour témoigner quelque intérêt que ce soit pour des déclarations faites dans une langue insignifiante et inutile que je ne comprends pas et à laquelle je n’ai aucune raison de m’intéresser. » Suivez son visage profondément ennuyé et ses yeux qui partent dans toutes les directions.

Vous aurez alors envie de vous jeter à bras raccourcis sur le pauvre Max Domi, surtout qu’il s’est déclaré ami de la diversité. Et vous écrirez des lettres enflammées à la direction des Canadiens de Montréal pour dénoncer ce mépris. Ainsi donc, la diversité concerne la couleur de la peau, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, mais pas la langue ?

Mais vous ferez fausse route. Ce n’est pas du mépris. C’est de la nonchalance systémique. Domi n’est même pas conscient qu’il est ici le révélateur de la pensée hégémonique dans le monde anglo-saxon et chez tous ceux qui l’adulent (ce qui inclut beaucoup de sociétés européennes), pensée selon laquelle le français n’est qu’une langue accessoire et son utilisation un irritant à l’usage de quelques maniaques.

Je me tiens très loin des identitaires et des nationaleux, mais je constate néanmoins que, dans la pensée hégémonique globalisante, le français n’est considéré que comme une perturbation momentanée destinée à l’extinction à brève échéance. Et l’extrait vers lequel je pointe en est une illustration iconique parfaite. Y voir une mauvaise volonté individuelle de la part de l’agent qui la manifeste, c’est rater le phénomène dont il n’est que le symptôme.

Francis Lagacé

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L’illusion centriste

Parlons de centrisme avec Francis

L’illusion centriste

3 août 2020

Dans un billet qui date du 28 novembre 2016, je parlais de la pertinence de l’axe gauche-droite. En le reprenant dans mon livre Ce billet a cours légal (p. 174-176) en 2018, j’en ai modifié le titre : « De la pertinence de la distinction gauche-droite », car j’ai abandonné l’idée d’axe, laquelle légitimerait la possibilité d’un centre. En effet, le fil du rasoir qui tranche entre la gauche et la droite est inexorable et, quand les avantages individuels l’emportent sur la justice sociale, on est clairement à droite. On ne peut pas être indifférent à la justice sociale, et prétendre que si veut simplement dire qu’on la fait passer après tout et donc qu’on travaille contre.

Je préfère aujourd’hui l’analogie avec la nébuleuse. Il y a une nébuleuse de droite et il y a une nébuleuse de gauche. Les gens qui gravitent en périphérie peuvent tromper l’analyste. Mais le pseudo-centre attire ces corps pas encore attachés vers un agglomérat beaucoup plus près du noyau de la droite que de sa périphérie. Et s’il faut parler d’un centre, c’est celui de la nébuleuse de droite, qui est ce qu’on appelle couramment l’extrême droite.

Pierre Serna définissait un « extrême centre » en 2005 dans son ouvrage La république des girouettes (noté RG dans la suite de ce billet) paru chez Champ Vallon, idée qu’il reprend pour l’appliquer à la présidence du petit caporal en polléon dans son autre livre sur le même sujet L’extrême centre ou le poison français (noté EC dans la suite de ce billet) chez le même éditeur en 2019.

Bien qu’Alain Deneault ait repris l’expression, j’ai toujours considéré qu’il s’agissait au pire d’une sorte de boutade pour moquer les prétendus centristes ou au mieux d’une métaphore pour décrire cette droite qui n’ose dire son nom.

Or, un correspondant Twitter m’a remontré avec force conviction que Serna l’avait fait passer d’une opinion proche de la mienne à l’avis qu’il s’agit bien d’un autre pôle d’attraction politique, illustré par les revirements des gouvernements français depuis la Révolution. Pour en avoir le cœur net, je me suis donc lancé à l’étude des arguments de monsieur Serna.

Alors que le corps de l’ouvrage se lit bien, Serna a le don de faire des introductions lourdes, verbeuses, répétitives et assommantes, dont il n’arrive pas à se dépêtrer comme s’il les avait écrites avant les autres parties et même avant sa recherche. On sait pourtant que le secret d’une bonne introduction est d’avoir été rédigée après tout le reste de sorte qu’elle serve de guide à la lecture. De même, ses conclusions, bien que plus agréables que ses introductions, sont laborieuses et aussi répétitives, comme s’il les avait écrites avant le développement.

Cela dit, à partir d’exemples concrets des positions politiques et des acteurs qui se sont succédé à la gouverne de la République (et au passage des empires et de la Restauration), l’auteur illustre très précisément comment une compétition s’instaure entre des personnes aux convictions droitistes (propriété privée, promotion des intérêts individuels) dont une partie provient de l’ancienne classe nobiliaire et l’autre de la nouvelle aristocratie en construction, la bourgeoisie.

Serna donne trois éléments définitoires de l’extrême centre : —La modération ; —le girouettisme ; —la concentration sur le pouvoir exécutif. [EC p. 30 à 33] Le premier est un élément de discours, il n’y a aucune modération chez les pseudo-centristes. Le second est typique de qui fait passer les intérêts particuliers avant la justice sociale (donc typique de la droite), et le troisième est l’objectif de la droite extrême qui ne cherche qu’une chose : gouverner à sa façon sans partage.

Quand il dit « Cet extrême centre, difficilement repérable, parce que toujours réactif à une droite et une gauche qui doivent énoncer leur identité… » [EC p. 21], on constate justement que cette difficulté dépend du fait que ce mouvement est tellement conforme à la droite dans ses buts et méthodes, et tellement inconséquent dans son discours.

Il convient donc de le dire, cette obsession de la troisième voie n’est rien d’autre que la recherche légitimiste de l’aristocratie bourgeoise qui voudrait bien croire et faire croire qu’elle est mieux que celle qu’elle a remplacée. C’est pourquoi la recherche sans cesse recommencée d’un centre évanescent est un sempiternel rendez-vous à Samarkande.

Voici deux exemples historiques fournis dans l’étude :

« Napoléon et Louis XVIII ne seraient que des « excroissances » passagères de deux régimes politiques contrastés, la République autoritaire et le parlementarisme monarchique, si difficiles à concilier, mais qu’il faut obligatoirement recomposer ensemble, comme le suggère Le Nain jaune. » [EC, p. 167] En fait, non, ce sont deux candidats au même gouvernail de droite, auxquels les capitalistes ne donnent leur appui que s’ils gagnent.

« En résumé, sont défendus tous ceux dont le statut professionnel et l’activité publique en font, naturellement, une sorte d’élite conservatrice des intérêts propres à chacun, une forme d’aristocratie politique, entrevue en 1791, esquissée sous le Directoire, confirmée depuis le Consulat et consolidée sous la Restauration. » [EC, p. 188-189] Serna démontre donc très bien les tropismes du camouflage centriste d’une droite passive-agressive quand elle est dans l’opposition et férocement agressive quand elle est au pouvoir.

Ces exemples montrent que, pour le prétendu centre, la droite royaliste sert de repoussoir à la nouvelle droite bourgeoise. Prenons cette citation de Boulay de la Meurthe : « …la faction royaliste et la faction démagogique… » [EC p. 148] On constate la duplicité du langage : la droite (l’autre droite) est un adversaire par ses choix, la gauche l’est par nature. Les royalistes sont des légitimistes, les gauchistes sont des méchants. La gauche est par ailleurs associée à l’anarchie. La droite est donc légitime contrairement à la gauche. Très clairement, le centre, c’est la droite.

Venons-en à ce qu’il dit du macronisme : « Qu’en est-il du macronisme ? Une Révolution comme le prétendait le candidat à la présidentielle du printemps 2017, sous-entendant une projection dans le futur, ou bien ce que j’appelle ici un OPHI, un Objet Politique Historiquement Identifié, et constitué de nombreux conservatismes passés et convergents ? » [EC, p. 204]

« La REM a en fait figé le phénomène de reproduction sociale en faveur des élites, l’accentuant, au lieu de régénérer la représentation de toute la société française. Une recette aussi vieille que la bonne révolution bourgeoise de 1789 et son invention de l’égalité des droits mais avec des citoyens actifs et des citoyens passifs exclus de la députation. » [EC, p. 231]

Je n’aurais pas mieux dit moi-même pour expliquer que le centre, c’est la droite.

Ce que montre de manière fort convaincante Serna, c’est que le centre est un prétexte, un leurre, un écran de fumée qu’on donne à voir pour masquer la promotion d’intérêts particuliers au détriment du progrès social (donc le noyau dur de la droite telle qu’on l’entend aujourd’hui) avec pour méthodes les moyens favoris de la droite extrême, soit la répression féroce et violente. Le centre n’est qu’un discours sans contenu, le pragmatisme étant la forme la plus achevée de la dérive droitière.

Le phénomène décrit par Serna est réel, mais c’est comme si, ayant enlevé les couches du déguisement que le mouvement porte, puis tracé le portrait réel de ce qu’il dissimule, et voyant apparaître ce que lui-même nomme le « vrai visage » du prétendu centre, il refusait de l’appeler par son nom « la droite dure » pour accepter l’appellation contrôlée dont elle s’est masquée en lui accolant simplement l’adjectif extrême, ce qui permet de constater qu’on arrive en fait à la droite extrême.

Dans tout son ouvrage, les isotopies du déguisement sont omniprésentes : masque, démasquer, vrai visage, dévoilement, cachés, etc. Ces mots reviennent comme leitmotiv de l’analyse, et pourtant, Serna n’ose pas reconnaître la figure qu’il a lui-même déterrée.

Pourtant, il se trahit dès l’avant-propos (qui en passant est plutôt une séries de remerciements assaisonnés de quelques avertissements) du premier livre [RG, p. 8] en utilisant l’exemple de Berlusconi dont le mouvement est carrément à droite et boucle la boucle dans la conclusion du deuxième [EC, p. 276] où il affirme que LREM dérive clairement vers la droite.

En fait, ce n’est pas une dérive, mais bien la tendance naturelle du pseudo-centre que de dissimuler son penchant fortement droitier pour prétendre à la modération. Là encore, quand il cite le fameux et oxymorique Révolution du petit caporal en polléon, il explique à l’envi comment fonctionne la prétention du centre : si c’est être à droite que d’avoir des valeurs réactionnaires (famille, travail, réussite individuelle), il est de droite, si c’est être à gauche que de croire à la l’égalité et à la justice sociale, alors il est de gauche. Mais justement non, le candidat n’y croit pas le moins du monde. Ce ne sont que des mots auxquels personne ne peut s’opposer. Ce sont des sésames. Il suffit de les prononcer et de ne jamais songer à les réaliser.

Le pseudo-centre est bien la droite révolutionnaire dont parle le chercheur israélien, Zeev Sternhell, dont Serna affirme d’ailleurs s’être inspiré [EC, p. 25] et dont il dit qu’il l’a justement démasquée [EC, p. 185]. On voit apparaître devant nous l’invention du marketing politique, illustré par la fausse représentation d’une illusion appelée centre, destinée à préserver un semblant de légitimité.

Le rapport du prétendu centre avec la droite en est un de compétition. On est sur le même terrain, on veut la même chose, on prend les mêmes moyens et c’est à qui prendra l’autre de vitesse ou de ruse. Sur le plan idéologique, c’est un rapport de fausse concurrence, c’est Pepsi qui se prétend radicalement différent de Coke.

Avec la gauche, le rapport du supposé centre en est un d’incompatibilité absolue. C’est pourquoi les discours du centre sont toujours trompeurs, souvent mensongers et parfois carrément loufoques. Ces trois cas de figure se retrouvent facilement dans les tirades hallucinantes et hallucinées du petit caporal en polléon.

Si l’on ne devait retenir qu’une chose, c’est celle-ci : le centre n’est jamais rien d’autre qu’un soi disant destiné à masquer un programme typiquement droitiste, la promotion d’intérêts particuliers au détriment de la justice sociale.

Finalement, il ne s’agit pas d’un poison français, même s’il tire son origine des bouleversements de la Révolution de 1789, mais bien d’un poison universel. Dans tous les pays, on use du subterfuge du centre pour faire avancer la droite la plus féroce. Partout dans le monde, les droitistes ignorants, honteux ou hypocrites se sont cachés derrière des déclarations où ils affirment être ni de droite ni de gauche pour attirer les ignorants, les naïfs et les arrivistes dans leur croisade pour les intérêts particuliers contre la justice sociale. Et partout dans le monde, ces groupes, lorsqu’ils sont élus, ne réalisent que les éléments du programme auxquels ils croient vraiment : ceux de droite.

Francis Lagacé

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Vivre en ville, un choix écologique et de santé

Laissons la parole à Francis

Vivre en ville, un choix écologique et de santé

2 septembre 2020

Avec la pandémie, plein de citadines·citadins ont redécouvert la campagne et en grand nombre sont les adeptes des Pensées d’un emballeur (Jean-Louis-Auguste Commerson) qui souhaitent ardemment construire les villes à la campagne puisque l’air y est plus sain et que les décors y sont plus beaux.

Il convient pourtant, en tout respect pour l’enthousiasme romantique envers les décors bucoliques, de replacer les choses en perspective pour rappeler que la ville constitue un choix écologique et de santé hautement respectable, et ce pour de nombreuses raisons.

1. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, et c’est parfaitement logique quand on s’arrête sérieusement pour y penser, l’empreinte carbone d’une personne qui réside en ville est moindre que celle d’une personne qui vit à la campagne. Jusqu’à trois fois moindre selon certaines études.

2. L’avantage important de la ville est la mise en commun des infrastructures : la surface occupée par un·e citadin·e est beaucoup moins grande que celle occupée par un·e rural·e. Les mètres carrés d’asphalte par habitant·e sont moins nombreux en ville.

3. La mise en commun des équipements d’aqueduc et d’égoûts revient moins cher par personne en ville qu’à la campagne, grâce à la concentration des individus.

4. À la campagne, l’utilisation d’une voiture, à moins d’habiter la rue principale d’un village, est à toutes fins pratiques obligatoire. Or, il est plus facile pour les résident·e·s des villes de se passer d’automobile. Iels sont aussi un plus grand nombre à marcher pour se rendre au travail ou faire leurs courses.

5. À moins de disposer de son propre potager et d’y pratiquer une culture très variée, les urbain·e·s et les campagnard·e·s sont à la même enseigne quand il s’agit de s’alimenter. Iels se procurent dans les marchés d’alimentation des fruits, légumes, céréales et viandes qui font le tour du pays avant d’atterrir sur les tablettes. Les productrices·producteurs agricoles ne sont pas nécessairement mieux loti·e·s, la plupart pratiquant la monoculture, la biculture ou la triculture. Une personne qui ne cultive que du maïs ne se nourrit pas que de maïs ; une personne qui élève des bovins ne se nourrit pas que de bœuf.

Pour ce qui est du petit potager familial qui se pratique à la campagne, il se pratique aussi en ville dans les jardins communautaires et même sur certains toits.

6. Les élevages mono-industriels de porc dégagent des odeurs pestilentielles dans leur voisinage, ce qui est une pollution assez difficile à endurer. Les véhicules moteurs comme les « quatre roues », les motoneiges, les motomarines et autres véhicules récréatifs participent à la pollution sonore en plus de défigurer les espaces qu’ils occupent.

7. Les entreprises industrielles de culture de fruits, de céréales ou de légumes utilisent des pesticides qu’elles répandent à tous vents sur des surfaces considérables, affectant les sols, les plantes et les êtres vivants sur des aires souvent beaucoup plus grandes que celles visées. Ces pesticides ruissellent dans les cours d’eau.

8. Les dépotoirs sauvages sont aussi présents à la campagne qu’en ville. Celleux qui contribuent à les emplir ne sont pas nécessairement des personnes en visite.

9. Le mode de production capitalistique de l’industrie agricole est proprement délétère pour les employé·e·s. Le témoignage de quelqu’un qui s’est inscrit comme travailleur agricole dans le cadre de la pandémie est particulièrement éclairant à cet égard.

10. L’Institut national de la santé publique du Québec montre que l’espérance de vie en santé à la campagne est légèrement inférieure à celle de la ville. Même s’il s’agit d’une différence inférieure à deux ans, il reste qu’au point de vue statistique, cela a une certaine valeur et signifie surtout qu’il n’y a pas d’avantage automatique à naître à la campagne.

11. Les relations de voisinage ne sont pas nécessairement plus conviviales à la campagne qu’à la ville. La tradition veut que les premières soient affectées par les inévitables chicanes de clôture (cela s’applique aussi à la banlieue dont je ne traite pas ici, mais qui peut être considérée comme un mélange des désavantages des villes et des campagnes au point de vue environnemental) et que les secondes soient marquées par l’indifférence, mais quand ces difficultés se muent en hostilité, la vie devient insupportable pour tout le monde. Est-il plus facile de changer de village que d’immeuble ?

12. Le taux de suicide est nettement plus élevé à la campagne qu’en ville, soit 7 pour 100 000 de plus, nous révèle l’Institut national de la santé publique. Le mal de vivre n’est donc pas soigné par l’isolement. Et la présence d’armes à feu serait, selon les sondages, plus grande dans les foyers ruraux qu’urbains, principalement en raison de la chasse sportive. Lire à ce sujet la page 4 du document Prévention en regard des armes à feu.

13. Les accidents de voiture causant la mort sont plus fréquents à la campagne. Cela découle du fait que les déplacements en voiture y sont plus nécessaires et plus longs qu’en ville.

14. La proximité des soins de santé est un avantage considérable pour la ville. Le délai avant l’arrivée des secours dans le cas de crise cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral est crucial et peut faire la différence entre la mort, la paralysie ou la vie en santé. Les personnes vieillissantes dont la mobilité est réduite devraient y réfléchir avant d’investir dans l’achat d’une maison au fond d’une petite vallée « comme égarée presque ignorée ».

Les conditions qui rendraient la campagne plus écologique seraient une conversion à l’agriculture biologique, une meilleure desserte de transports en commun entre les villages, une meilleure consommation locale des aliments, une gestion mieux intégrée des déchets. Il faudrait aussi améliorer l’accès à des activités culturelles variées et favoriser les échanges permettant la présence de personnes provenant de toutes les diversités.

Les conditions qui rendraient la ville plus écologique seraient un meilleur approvisionnement en produits alimentaires locaux, la création de plus d’ilôts de verdure, la concentration du développement de quartiers autosuffisants en matière de services de proximité, le développement de l’agriculture urbaine, la suppression des ilôts de chaleur, l’amélioration du traitement des déchets industriels, l’amélioration de la qualité de l’air.

Dans les deux cas, ville ou campagne, il conviendrait de redonner aux CLSC leur rôle de première ligne d’intervention en matière sociale et de santé. Le Québec qu’ils avaient contribué à humaniser est devenu obsédé par la gestion à la petite semaine avec les conséquences horribles et meurtrières que nous avons vues à l’occasion de la pandémie.

Francis Lagacé

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Les Rose

Francis nous parle des Rose

Les Rose

7 septembre 2020

Le film Les Rose de Félix Rose, fils de Paul, est un moment d’histoire familiale qui instruit aussi sur l’histoire du Québec. En effet, pour qui n’a pas vécu la Crise d’octobre 1970 et n’a pas suivi les événements politiques de l’époque, c’est l’occasion, grâce notamment à l’entrevue que Paul Rose a accordée de prison à Marc Laurendeau, et dont on voit des extraits dans le film documentaire, de reconnaître que Paul Rose n’est pas coupable du meurtre de Pierre Laporte, même s’il a été condamné pour cette raison.

Le portrait de famille tourne surtout autour des deux frères : Jacques l’impulsif et Paul l’analyste posé. La tentation est forte de faire un parallèle entre Épiméthée et Prométhée, mais la comparaison serait exagérée.

On redécouvre Rose Rose, la mère des deux felquistes, femme forte et militante. On constate que malgré les déclarations officielles à l’effet que Paul serait jugé comme un criminel de droit commun, c’est un véritable procès politique qu’on lui a fait, in abstentia qui plus est. Il fait bon également de revoir le fidèle Robert Lemieux, avocat dévoué qui a payé très cher son engagement politique.

C’est aussi l’occasion de se rappeler ou d’apprendre comment les femmes ont su utiliser le procès pour étaler au grand jour la discrimination qui leur interdisait d’être membres d’un jury. Le geste « illégal » qu’elles ont posé a quand même incité le gouvernement à changer la loi.

Pour les personnes qui ont connu Paul le syndicaliste, on aurait aimé voir plus d’images de ses dernières années à la CSN, mais le réalisateur ne peut pas produire le film que chacun aurait aimé. Il assume ses choix. De même, on aurait aussi apprécié que Félix reprenne des images du bref séjour qu’il a effectué avec son père en Irlande du Nord.

Il reste que Paul se présente tel qu’on l’a connu : un analyste posé, résolu, mais toujours discret et toujours solidaire. La solidarité au-delà de tout aura été son maître-mot.

Quand on entend à la radio publique Marc Cassivi dire que le grand absent du film est Pierre Laporte, on se rappelle qu’il a parfois le don de la déclaration intempestive. On se souviendra que je l’avais dûment étrillé dans mon billet du 14 août 2007
quand il avait affirmé avec l’assurance des inconscients qu’il n’y avait pas de nouvelles en été.

Mais pour ce qui nous importe, c’est absolument faux que Laporte est absent du film. Il y est présent et on observe à quel point son entourage bourgeois l’a laissé tomber sans aucun remords.

Les deux vrais absents du film sont Paul, le père, que l’on voit parfois mais qui ne prend jamais la parole ainsi que le mystérieux Magnan, ce boute-feu qui avait été placé dans le Front de libération du Québec (FLQ) par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), laquelle faisait alors office de police fédérale et de services secrets canadiens.

Paul avait évoqué ce personnage au détour d’une conversation alors qu’il me mettait en garde contre ces enthousiastes de la dernière heure qu’on voyait apparaître d’on ne sait où et qui se montraient plus absolutistes que tout le monde sans qu’on ait connaissance d’aucun état de service antérieur. Dans le monde syndical, des cas comme ça sont souvent des émissaires des boss. Le curieux trublion est disparu de la circulation sans laisser aucune trace et n’a jamais été recherché par les services de police.

À l’opposé de Paul Rose, qui se pliait aux votes démocratiques même quand ça ne lui plaisait pas, on revoit un René Lévesque qui boude et regimbe jusqu’à obtenir gain de cause quand son parti ne pense pas comme lui.

Qu’on ait connu ou pas les Rose, il est utile à notre mémoire personnelle et collective d’apprécier le portrait que nous en dresse le cinéaste Félix Rose.

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Ne me fais pas mal, Johnny

Parlons du mot NON avec Francis

Ne me fais pas mal, Johnny

20 juillet 2020

À l’ère de Me Too et de la prise de conscience de la violence systémique dont sont victimes les femmes, on peut se sentir mal à l’aise en revisitant certaines chansons du répertoire français. Je ne parle pas ici des vieux réacs du genre Maurice Chevalier, mais je pense à deux cas de chansons écrites par des auteurs qu’il est bon de célébrer entre nous, gens de bonne conscience gauchisante.

Par exemple, la chanson de Boris Vian, Fais-moi mal, Johnny, me laisse aujourd’hui un sentiment partagé. Je n’en ris plus aussi franchement qu’autrefois. Certes, c’est de l’ironie, et la narratrice de cette histoire se rend compte que ce qu’elle désirait n’était pas tout à fait ce qu’elle a donné à entendre.

Mais, en même temps, cela ne correspond-il pas justement au fameux préjugé selon lequel une femme qui se fait violenter l’a bien cherché ? La signification du mot non n’est-elle plus valide si on est entré dans un jeu sado-maso ? À la lumière des accusations portées contre un ancien chef de parti politique au Québec, on serait pourtant bien avisé de se rappeler qu’en tout temps, il devrait être possible de dire non.

Je pense aussi à la superbe chanson de Michel Fugain Je rends mon tablier, dont les paroles de Pierre Delanoë illustrent la vacuité de la course folle au rendement dans nos sociétés industrielles. Mais, ça se gâche avec les vers suivants : « D’autant que je me suis laissé raconter/ Que les filles sauvages/ Ont l’énorme avantage/ De faire le ménage/ Sans jamais discuter… liberté ! »

Et voilà que la liberté est pour ces messieurs blancs, pas pour les naturels, encore moins pour les femmes. Voilà qui est franchement misogyne et colonialiste.

On me dira qu’il est difficile de juger d’une autre époque avec les critères d’aujourd’hui. Ce que je suis bien prêt à admettre. Cela a au moins le mérite de montrer à quel point on peut diffuser des préjugés racistes et des comportements sexistes sans s’en rendre compte. D’où l’importance des concepts de « racisme systémique » et de « sexisme systémique ».

Comme quoi il est loin d’être sûr qu’aujourd’hui, sans aucune mauvaise intention, on ne véhicule pas des préjugés et qu’on n’accrédite pas des comportements inappropriés.

Ça me réconcilie avec mon petit malaise quand je pense à ces chansons si cela me permet d’être mieux sur mes gardes.

Francis Lagacé

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Conditionné·e par la fin

Parlons conditionnement avec Francis

Conditionné·e par la fin

16 septembre 2020

Le plaisir de savourer un récit n’est-il conditionné que par la connaissance de sa chute ? L’auteur et analyste de nouvelles littéraires Gaëtan Brulotte a raconté dans un article qu’il commençait par la fin et que là se trouvait l’origine de son écriture.

Mais si l’anticipation de la fin, trompée il va de soi sinon on en perd du plaisir, est un moteur de la découverte d’une œuvre, elle est loin d’être le seul principe actif du désir d’apprécier un récit. Le style, tous les éléments de forme, le décor, l’habileté des descriptions ou des commentaires, la truculence des personnages, les allusions intertextuelles, les sentiments suscités par telle ou telle scène, tout cela qu’il s’agisse de films, de romans, de pièces de théâtre ou d’autres créations qui réfèrent à la possibilité d’un récit, tout cela donc contribue à la jouissance esthétique de sorte que la connaissance du but ou de la fin n’empêche pas de goûter une œuvre bien faite.

Yvon Deschamps l’avait bien dit dans son monologue Câbe TV « On veut pas les sawoère, on veut les woère. » C’est l’acte de voir et d’entendre qui plaît, encore plus que celui de connaître le fin mot de l’histoire. L’enfant se plaît à la répétition de l’histoire même s’il la connaît par cœur. C’est pourquoi il vous la réclame sans cesse.

Vous irez quand même au Louvre (quand ce sera possible) voir le Sacre de Napoléon par Jacques-Louis David, même si vous savez toute l’histoire et même si vous savez que le tableau peint bien après comporte des détails qui sont historiquement faux. Qui se priverait du plaisir d’assister à une représentation de Roméo et Juliette sous prétexte qu’on sait comment ça va finir ?

Ne vous arrive-t-il pas de repasser le même DVD d’un Thé avec Mussolini et d’être ému·e à chaque occasion ? À tous les Noël quand vous revoyez La mélodie du bonheur ne pleurez-vous pas chaque fois que le capitaine Von trapp retrouve Maria dans le jardin après avoir abandonné la baronne sur la galerie et qu’ils entonnent ensemble Something good ?

C’est pourquoi je ne suis pas du tout inquiet qu’on me dise comment va finir tel film ou tel roman si on m’en fait la critique auparavant, car c’est le plaisir du récit et non son terme qui en fait le sel. Cela me rappelle par ailleurs tout le tintouin qu’on avait fait en 1992 à la sortie du film The Crying Game, qu’on me conjurait d’aller voir tout en me disant qu’il y avait un secret qu’on découvrait seulement vers la fin du film et qu’il ne fallait pas me le dire pour ne pas gâcher mon plaisir. Le fameux secret en question était que la compagne du personnage qui meurt au tout début du film et dont on voit une photo dans les toutes premières minutes était une personne trans. C’était tellement évident que je le savais dès cette première minute et que je me suis bien demandé à la fin du film quel était donc le secret que je n’aurais pas dû savoir.

À part dans les blagues ou dans les nouvelles d’une page dont la chute est effectivement le contenu principal ou dans les cas de récits policiers élémentaires, dont le seul intérêt est de savoir qui est le coupable, il n’y a donc aucune crainte à connaître la fin d’une histoire. Et même là, on sait que certaines personnes adorent en fait la façon de raconter une blague qu’a telle actrice ou tel vieil oncle et que le plaisir ne réside pas du tout dans l’histoire qui peut être bête, mais dans la façon originale ou délirante de la raconter.

Même les récits policiers sont intéressants à relire ou à revoir malgré qu’on en sache le dénouement : pour l’esthétique de la narration, pour la subtilité des détails, pour les décors, pour la richesse des costumes et pour le plaisir de voir l’enquêteur (dont on devient alors le complice) asséner sa vérité à l’audience ébahie, et c’est de cet ébahissement qu’on jouit par la suite parce que nous on sait, et on en tire chaque fois la même joie.

Quand nous nous repassons nos Hercule Poirot, nous analysons les cadrages, les décors, la finesse des costumes, l’esthétique art déco, le ton des personnages, les manies du détective, même quand nous savons qui sera épinglé. Cela dit, si vous préférez ne pas savoir la fin, vous trouverez un avantage à vieillir, car quand on n’a pas revu le film depuis un certain temps, il nous arrive de plus en plus souvent de ne pas nous souvenir si c’est le majordome ou le marchand de bas de soie qui a commis le crime.

Francis Lagacé

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Retour au magasin général

 

Parlons Covid-19 avec Francis

Retour au magasin général

7 juillet 2020

À cause des mesures sanitaires entraînées par la pandémie de Covid-19, les façons de fréquenter les commerces et de s’y comporter ont dû changer. Peu de temps après la réouverture de son magasin, alors classé comme service essentiel, un commerçant de mon quartier avait créé un espace d’entrée en forme de U carré où seules deux personnes pouvaient pénétrer à la fois. On ne pouvait pas quitter cet enclos et on devait demander l’article désiré au commis situé de l’autre côté de ce périmètre. Il se chargeait d’aller le chercher pour nous.

Ce mode de fonctionnement m’a ramené loin dans mon enfance, au temps où j’allais faire des commissions au magasin général du petit hameau où je vivais. Je vous parle ici d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître.

On entrait dans le magasin général et une cloche actionnée par l’ouverture et par la fermeture de la porte signalait notre entrée. On pénétrait dans un espace rectangulaire au parquet de bois foncé, bordé par la porte derrière soi, et tout autour par un immense comptoir de bois qui faisait un U carré inversé. Il y avait bien sûr un portillon qui permettait au marchand de traverser du côté client si besoin en était, mais il était verrouillé par lui du côté marchand.

La caisse enregistreuse aux impressionnants boutons et à la sonnaille métallique si caractéristique était tout au fond du U. Madame Lemieux sortait de l’arrière-boutique en demandant : « Qu’est-ce que tu veux, mon garçon ? » Et je demandais une bobine de fil noir pour madame Boucher, un paquet de cigarettes pour monsieur Duval (oui, les enfants pouvaient acheter des cigarettes pour les adultes) ou un cahier à dessin pour le cours du vendredi après-midi.

Madame Lemieux demandait : du fil de nylon ou de coton ? Quelle marque, les cigarettes ? Le cahier pour crayon ou pour encre ? Je répondais. Elle se déplaçait derrière son comptoir en direction des rayons appropriés. Certains articles étaient parfois dans l’arrière-boutique. On la voyait disparaît par une embrasure et on attendait patiemment.

Elle mettait le tout dans un sac de papier brun et, après m’avoir bien dévisagé, me disait : « T’es le troisième chez Sylvio, c’est ça ? » Je répondais fièrement Oui !, ce qui lui permettait de compléter notre entretien, avant les salutations d’usage, par « Je vais marquer ça. » Marquer, ça voulait dire inscrire dans le registre des ventes que madame Boucher devait 10 ¢, que monsieur Duval devait 45 ¢ et que mon père devait 10 ¢.

Une personne qui ne pouvait pas « faire marquer » n’avait pas un bon nom. Et ça, c’était la pire chose qu’on pouvait dire de quelqu’un.

On ne circulait pas dans les allées, il n’y en avait pas, seulement des étagères sur tous les murs. Il fallait savoir ce qu’on voulait en entrant dans le magasin. Si on voulait une pelle, il y avait pelle à neige, carrée, ou pelle à terre, ronde. La couleur était celle de l’année, rouge ou verte ; l’année suivante, ça serait l’autre. Quand on voulait un couvre-chaussure en caoutchouc, on donnait sa pointure et on recevait le couvre-chaussure approprié. Si on voulait une soupe en boîte, le marchand avait une marque et on achetait celle-là, que ce soit au poulet ou à la tomate. Si on n’aimait pas cette marque, on pouvait toujours traverser la rue pour aller en face à l’épicerie générale, où on trouvait à peu près les mêmes choses, mais provenant de fournisseurs différents et, habituellement, en plus cher.

La propriétaire de l’épicerie a été la première à transformer son commerce en « Servez-vous », mais elle avait gardé l’habitude de demander ce qu’on voulait et de se dépêcher d’aller le chercher dans les rayons avant qu’on y accède.

Aujourd’hui, le magasin général, qui me paraissait si plein de tout ce qu’on peut concevoir, a l’air d’un gros dépanneur qui ne contient que le strict minimum, et j’imagine mal retourner à cette époque étrange où il n’était pas loisible de se promener dans les allées pour comparer les articles, les formats, les marques et les prix.

Un petit détail toutefois, je ne suis pas convaincu que de devoir choisir entre 32 variétés de dentifrice soit un réel progrès.

Francis Lagacé

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Mon entrevue avec Bruce Katz, co-président et membre fondateur de PAJU

Mon entrevue avec Bruce Katz, co-président et membre fondateur de PAJU

Par Serge Leclerc alias Sergio de Rosemont

J’ai eu dernièrement le privilège d’interviewer Bruce Katz le co-président et membre fondateur de PAJU.

Bonsoir Bruce, si vous te demandais en commençant de me décrire le PAJU :

Permettez-moi tout d’abord de dire que le PAJU en est maintenant à sa vingtième année d’existence et que pendant cette période de vingt ans, il a été impliqué dans le mouvement de solidarité palestinien et le mouvement contre le racisme. PAJU soutient en principe la lutte de tous les peuples autochtones pour le respect de leurs droits territoriaux et humains. La charte fondatrice du PAJU est la confirmation de son soutien aux droits de la personne, à la fin de l’apartheid en Israël et à une paix durable entre Palestiniens et Israéliens. La PAJU a été fondée par des membres des communautés palestinienne et juive de Montréal, dont moi-même. Je suis le coprésident juif du PAJU.

Le fondement et la mission de PAJU (Palestiniens et Juifs Unis)
le-fondement-et-la-mission-de-paju-palestiniens-et-juifs-unis/

Il y a eu dernièrement des accusations de la part de Michel Labelle de portées contre Francis Plouffe, puis-je s.v.p. avoir votre avis :

J’ai appris que certaines accusations portées par Michel Labelle contre Francis Plouffe, tous deux ayant été actifs en tant que membres du PAJU, peignent tant Francis Plouffe que PAJU sous un jour négatif. Je ne peux constater ce que je sais de la situation dans les faits. D’abord, Francis Plouffe a milité au sein de PAJU pendant un certain nombre d’années comme ce fut le cas pour Michel Labelle. Certes il y avait certains différends entre les deux hommes sur le plan personnel mais rien de substantif par rapport aux valeurs partagées par eux ni sur le plan de leur fidélité aux objectifs de PAJU et sa campagne pour la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien. Je ne peux imputer aucun motif aux accusations de Michel Labelle contre Francis Plouffe. Je ne peux que dire qu’ils étaient tous deux des membres fidèles du PAJU et résolument dans leur soutien aux droits des Palestiniens et à la campagne du PAJU contre le racisme.

Autre constat : je n’ai pas été témoin d’aucune menace de Francis Plouffe contre Michel Labelle lors des réunions du PAJU, seulement des différences d’opinion à l’occasion lors des discussions autour de la table de réunion. Deuxième constat : Michel Labelle n’a pas été expulsé de PAJU. Au contraire, au moment de décider si ceux et celles qui siégeaient au sein du conseil d’Administration de PAJU allaient se présenter du nouveau lors de l’assemblée générale annuelle de PAJU pour chercher un nouveau mandat, Michel Labelle m’a informé qu’il ne pouvait plus continuer dans son rôle de trésorier du PAJU car il y avait tout simplement trop dans son assiette (ses paroles) pour continuer comme trésorier, un rôle qu’il a assumé honorablement pendant un certain nombre d’années.

Quoique j’ai été déçu de sa décision, c’était compréhensible. J’ai invité Michel à penser quand même à se présenter comme conseiller au sein du C.A. de PAJU même s’Il ne pouvait pas être présent à toutes les réunions. Il m’a dit en toute franchise qu’il n’avait pas le temps. Je lui ai dit que, s’il voulait démissionner de son poste, il fallait le faire par écrit, alors il m’a envoyé un courriel constatant sa démission comme trésorier de PAJU. Cela eut lieu il y a trois ou quatre ans. On ne l’a pas vu depuis. Il a tout simplement coupé le contact avec PAJU. Michel Labelle a quitté PAJU de son propre gré. Tous les membres du C.A. de PAJU actifs à l’époque peuvent attester à ce fait.

Francis Plouffe a cessé de militer au sein de PAJU il y a deux ans du à des considérations de nature personnelle. Pour les quelques années que Francis était actif au sein de PAJU, lui et moi avons eu des discussions au niveau de la politique domestique et étrangère, spécifiquement en ce qui concernait le Moyen Orient. Francis était résolument anti-raciste et farouchement anti-fasciste, ce qui a résulté dans les menaces proférées contre lui par certains membres de groupes racistes et islamophobes. D’ailleurs je lui ai conseillé d’être prudent face à ces groupes d’extrême droite.

Le seul incident que je connaisse d’une altercation physique impliquant Francis Plouffe a eu lieu en 2016 lors du Forum social mondial à Montréal devant un bâtiment où se tenait une conférence sur la Palestine. François a empêché un membre de l’extrême droite Ligue de défense juive (LDJ) de pousser une jeune femme qui dénonçait l’apartheid israélien. C’est l’individu du JDL qui a déclenché l’altercation, pas Francis.

Francis Plouffe avait des amis arabes et musulmans,d’ailleurs lors de la présence de membres d’un groupe d’extrême droite islamophobe qui se sont présentés dans la communauté montréalaise que l’on appelle le Petit Mahgreb, Francis Plouffe s’est présenté dans la compagnie d’autres membres du PAJU à l’encontre de ces islamophobes qui d’ailleurs ont du quitté les lieux. Francis m’a dit qu’une qu’il considérait l’Holocauste des juifs un acte monstrueux, et dont il tirait le parallèle avec le génocide des Arméniens et le nettoyage ethnique des populations autochtones des Amériques.

Je trouvais son analyse politique bien pesée et bien fondée. Bref, je ne reconnais pas Francis Plouffe dans la description de lui comme étant xénophobe et supporteur de l’extrême droite. Bien au contraire. Ça va à l’encontre de ce que je connais de lui. Je ne crois pas que je me trompe. Tout ce que je peux dire par rapport à Michel et Francis est que ces deux hommes ont milité honorablement au sein de PAJU pendant un certain nombre d’années.

Je vous remercie Bruce.

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La crise sanitaire au Chili avec le Covid-19.

Voici la réalité sur une crise sanitaire :

La crise sanitaire au Chili avec le Covid-19.

Par Sandra Cordero et Sergio de Rosemont

Nous avons eu le privilège de partager avec la chilienne qui vit à Santiago sur la situation du pays avec le Covid-19. Elle s’appellera Luisa afin de protéger son anonymat, pour sa sécurité personnelle.

Il est important de préciser qu’avant la pandémie, le Chili a vécu une crise sociale très significative du 18 octobre 2019 au 3 mars 2020 qui est comparable à la dictature du régime d’Augusto Pinochet * sinon pire et que plusieurs organisations qui ne se sont pas rendus au Chili et ont ensuite dénoncé vigoureusement les violations des droits de l’homme à grande échelle qui ont été violées au Chili La pandémie de Covid-19 a amplifié les inégalités sociales existantes.

Luisa nous informe qu’il y a 39,542 personnes infectées et 394 décès de Covid-19 selon les rapports officiels au Chili. La majorité des Chiliens sont en dessous du seuil de pauvreté et n’ont pas accès au test pour détecter Covid-19. **

Elle nous parle de sa cousine, caissière par profession, qui avait les symptômes d’un rhume, donc d’une personne à risque. Sa cousine voulait être testée pour le Covid-19 mais l’entreprise où elle travaille ne voulait pas payer pour le test donc ce serait à elle de payer. Elle est apparue dans le privé car le test est disponible là-bas. À la fin, elle n’a pas été testée et a été priée de revenir le lendemain.

Le test Covid-19 coûte 40,000 pesos ou 80 $ CAN pour quelqu’un qui n’est pas assuré. Puisqu’elle a une assurance liée à son travail, elle devra payer 25,000 pesos ou 50 $ CAN. Elle devra également payer pour la consultation, qui s’élève à environ 20 20 $CAN puisqu’elle est assurée. C ‘ est beaucoup d’argent avec lequel elle pourrait se permettre 2 semaines de transport en commun. Le salaire minimum au Chili est de 300,000 pesos par mois, soit 600 $CAN.

Lorsqu’un employé appelle son employeur pour lui dire qu’il est malade, l’employeur lui dit de rester avec eux pendant une semaine et sans salaire. Selon Luisa, les patrons au Chili n’ont pas pris leurs responsabilités pour faire tester leurs employés.

Le système de santé publique est entre les mains des néolibéraux. Fréquemment, le gouvernement contracte plusieurs services de santé tels que les examens, les chirurgies, etc. au lieu d’investir dans le système public. Le système public chilien est de pire en pire.

Les urgences s’effondrent. Les travailleurs de la santé envoient des patients atteints du Covid-19 de Santiago dans d’autres provinces parce qu’ils sont à pleine capacité. Les infirmières ont demandé au gouvernement plus de lits car il y a trop de malades. Aussi, les services sont réduits et les aidants sont stressés. Deux travailleurs de la santé sont morts à la suite de Covid-19. Les infirmières se sentent abandonnées à leur sort par le gouvernement de Pinera puisqu’il a ignoré leurs demandes.

Beaucoup des patients Covid-19 sont piégés pendant des heures dans des ambulances pour être déplacés en dehors de Santiago. Les ambulances sont bloquées dans leur travail car elles ne peuvent pas confier leur patient au personnel hospitalier. C ‘ est le chaos !

Le gouvernement de Sebastian Pinera n’a pas donné l’équipement nécessaire au personnel médical pour se débarrasser des corps du défunt. Ainsi, le personnel est obligé de se débarrasser du défunt dans des sacs inappropriés et il est moralement difficile pour eux de le faire (voir photos ci-dessous).

Remarque, que Mr. Jaime Manalich est dans un conflit d’intérêts non pas parce qu’il est médecin mais parce qu’il est actionnaire d’une clinique de santé privée nommée Las Condes *** et est également sous-traitant du gouvernement tout en étant ministre de la Santé. Les hôpitaux privés au Chili fonctionnent sous le nom de cliniques.

Selon Luisa, il est étrange que pour le Chili avec 19 millions d’habitants ne compte que 39,542 personnes infectées et 394 décès de Covid-19 et que le Mexique qui compte 127 millions d’habitants compte 45,032 personnes infectées et 4,767 personnes sont mortes. Le Chili est un petit pays et compte beaucoup de personnes infectées, 6 fois plus que le Mexique. Le gouvernement chilien ne gère pas bien la crise. Les 394 personnes mortes sont une figure douteuse selon Luisa pour le nombre de personnes infectées.

De plus, entre mars 3 et avril 3, 4,201 personnes sont mortes de maladies respiratoires. Le registre officiel rapporte 394 personnes mortes de Covid-19. Après quelques jours de notre interview avec Luisa, le gouvernement de Pinera a classé les 4,201 personnes mortes de maladies respiratoires comme des décès de Covid-19. Ceci montre qu’il y a des manipulations de données de la part de ce gouvernement sur le Covid-19 et c’est troublant.

Le ministre de la Santé a récemment déclaré à la télévision que le Chili possède le meilleur système de santé de la planète. Son gouvernement appelle ça la nouvelle normale. Le président Pinera ne contrôle pas le Covid-19 et cache l’info selon Luisa. Il y a des preuves que beaucoup plus de gens meurent. Par exemple, il y a eu un cas où le personnel hospitalier a dénoncé la gestion de leur propre hôpital, qui a nié le nombre de personnes mortes de Covid-19 dans son établissement. La dénonciation a été faite en envoyant des photos des patients décédés de Covid-19 par certains membres du personnel infirmier dans les réseaux sociaux. Après avoir été interrogé par les médias, la direction de cet hôpital a admis les faits.

Selon Luisa, les fonctionnaires qui apparaissent à la télévision sont souvent en collusion avec le régime Pinera.

Luisa semble nous faire comprendre qu’il n’y a pas de grande opposition au Chili. La vraie gauche est presque nulle. Les partis d’opposition ne jouent pas leur rôle. Quelqu’un voulait intenter une action en justice contre le président actuel du Chili parce qu’il avait escroqué la banque de Talca **** il y a 33 ans, mais la procédure a été abandonnée. Si quelqu’un veut poursuivre les accusations, il faudrait passer par le Sénat et ceux de droite seront absents pour ne pas nuire au régime. Lorsqu’il y a des questions importantes pour le peuple, l’opposition manque ou s’abstient pendant le vote. La gauche est si petite et n’a aucun pouvoir au Chili.

En terminant, je vous invite à voir le lien Wordomètre ci-dessous pour découvrir comment le Covid-19 a évolué à travers le monde.

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*: Lien Wikipédia d’Augusto Pinochet :
wikipedia.org/wiki/Augusto_Pinochet

**: Étude de l’OCDE sur la pauvreté et la vunérabilité des Chiliens :

www.oecd.org/statistics/Better-Life-Initiative-country-note-Chile.pdf
ou

www.oecd.org

***: lien avec l’article en espagnol :
verdadahora.cl/las-millonarias-compras-del-estado-a-clinica-las-condes-vinculada-al-ministro-jaime

****: lien pour vol de la banque Talca par Sebastian Pinera :
/www.facebook.com/photo?fbid=1831066737034908&set

Lien Worldomètre où vous pouvez voir le nombre de personnes infectées dans le monde :
www.worldometers.info/coronavirus/?utm_campaign

P. S.: Veuillez noter que ce texte est la transcription d’un échange internet tenu le 15 mai 2020 et que depuis que la situation au Chili a évolué.

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